Violeta Cvetkovic a été la voix de Ramiz Iseni pendant quatre jours. « J'ai tué Sophie Gravaud », a-t-elle ainsi énoncé sans fard. Violeta Cvetkovic, experte traductrice, a senti les regards la darder dans le box des accusés. Et ce, d'autant plus que Ramiz Iseni, meurtrier de Sophie Gravaud, a fui toute confrontation à chaque fois qu'il s'est retrouvé en difficulté.
« Abstraction »
« J'ai tenu à expliquer à la famille de Sophie Gravaud qu'être assise à côté de Ramiz Iseni ne signifiait pas que j'étais à ses côtés, indique Violeta Cvetkovic. Il a tout simplement droit à un interprète comme il a droit à un avocat. Mon rôle n'était pas de le défendre mais de lui retranscrire en serbo-croate les questions qui lui étaient posées et de rapporter fidèlement ses réponses. »
Son métier d'interprète l'oblige « à faire abstraction des faits qui sont reprochés à l'accusé » pour coller à la réalité des paroles prononcées. Surtout ne pas travestir un mot, ne pas se laisser emballer par la pitié ou par la haine. Un seul devoir : être juste. « Je n'ai pas à prendre parti, j'ai prêté serment. » Cela n'empêche pas les sentiments, ni n'endigue l'émotion. « J'avais les larmes aux yeux quand la mère de Sophie a parlé de sa fille, note Violeta Cvetkovic. Je comprends sa douleur. »
Être dans le box des accusés est une expérience « forcément pénible » mais elle a « choisi ce travail ». Elle dit ne jamais avoir eu peur, assise à quelques centimètres du meurtrier. « Il est tellement cassé par les médicaments, je ne le voyais pas tenter de faire du mal à quelqu'un à ce moment-là. Et puis je crois qu'il a compris qu'il avait tout perdu - sa femme, ses enfants - et qu'il avait ôté une vie. »
Poignée de main
Ramiz Iseni lui a tendu la main chaque matin. Elle l'a serrée sans rechigner. « Pour moi, cela aurait été impoli de lui refuser. Cela ne signifiait pas pour autant que je le soutenais. »
Le procès, immanquablement, a été douloureux. « Il a fallu aussi bien traduire des mots sexuels très crus que le vocabulaire pointu des experts psychiatriques ou des spécialistes des analyses ADN. » Elle ajoute avoir été bouleversée par le caractère imprévisible de ce drame. « Ce qui est arrivé à Sophie Gravaud est terrible. On se rend compte à quel point la vie est fragile. » Elle dit encore ceci de Ramiz Iseni : « Il m'a confié qu'il voulait pleurer mais qu'il n'y arrivait pas à cause de tous les médicaments qu'on lui donne. »
Source : Presse Océan (Yan Gauchard)