BOUGUENAIS
Une petite stèle en marbre, « discrète », dédiée à Sophie Gravaud. « Pour ne jamais oublier l'insoutenable », la mort de cette employée d'Atlantis de 23 ans, enlevée à la sortie de son travail le 7 avril 2007 et retrouvée morte, étranglée, dans un fossé à Bouguenais. Voilà le projet défendu par ses proches regroupés dans l'association le Combat de Sophie. La stèle, espéraient-ils, aurait pu trouver sa place sur les lieux mêmes de la découverte du corps. En bordure du chemin longeant la route Nantes-Pornic.
La mort dans l'âme, la ville de Bouguenais a opposé une fin de non-recevoir à ce projet, provoquant le désarroi de la famille de la défunte. « On a juste demandé l'autorisation d'ériger cette stèle mais on ne réclamait aucun financement, indique Rémi Rolland, beau-père de Sophie Gravaud. On avait simplement besoin d'un petit carré de marbre. On pensait sincèrement que ce serait possible : à Pontchâteau, une stèle est posée en dessous de la pile du pont depuis lequel deux ados ont tué un jeune de 13 ans en lançant une plaque de bitume en avril 2006. Et puis, les routes départementales sont bordées de silhouettes noires rappelant les victimes d'accidents... »
Proches et élus « secoués »
Michèle Gressus, maire de Bouguenais, comprend le tourment de la famille mais assume la position, « unanime », de son bureau municipal. « La demande qui a été déposée a fait l'objet d'un débat qui nous a tous secoués, rappelle-t-elle, avec humanité. Cela a été une douloureuse décision pour les élus. La découverte du corps de Sophie Gravaud a bouleversé la commune. Seulement, même si nous appréhendons la terrible question de la problématique du deuil, on ne peut pas créer un précédent. Quitte à passer pour des méchants. Chacun sait que l'on ne peut hiérarchiser la douleur. Dire oui une fois à une stèle, c'est inévitablement autoriser toutes les demandes. Or, nous sommes ici dans la sphère publique et non plus privée. Nous partageons la révolte de la famille de Sophie Gravaud mais le domaine public ne peut en aucun cas être « cédé » à un particulier, même à titre dérogatoire, même pour une très bonne cause. »
« Petits gestes »
La commune de Bouguenais avait déjà reçu deux requêtes similaires de familles endeuillées. « On est évidemment interpellé par ce besoin de consacrer des petits autels ou des stèles à des proches, un peu à la manière orientale. Les fleurs déposées en bord de route, bien sûr, ne posent pas de problème. On ferme les yeux sur les petits gestes qui ne demandent pas d'autorisation officielle. Mais on ne peut aller au-delà. »
Le procès de Ramiz Iseni, meurtrier-présumé de Sophie Gravaud, est prévu du 27 au 30 avril à Nantes.