Ils ne se connaissent pas autrement que par leurs pseudos mais se font la bise. Jean-Luc est parti tôt ce dimanche matin de Langon, près de Bordeaux. Alexandre est arrivé des Yvelines en TGV. Sur les bords de la Boulogne, à Saint-Philbert-de¯Grandlieu, ils sont une cinquantaine à attendre la famille de Sophie Gravaud. Cette jeune vendeuse du centre commercial Atlantis avait été enlevée et tuée voilà bientôt de trois mois. Une association baptisée le combat de Sophie est en cours de constitution. Ses membres les plus fervents, virtuels jusque-là, se découvraient hier.
Comment expliquer cette implication chez des gens qui, pour la plupart, ne connaissaient pas Sophie Gravaud ? Jean-Luc, le Bordelais, se sent concerné car il a
« déjà travaillé dans une grande surface ». Alexandre le Parisien ?
« Une étudiante a été tuée sur mon campus universitaire l'an dernier. » Un autre :
« Moi, j'habite à cinq minutes à peine de là où on a retrouvé le corps de Sophie, alors, forcément...
» 4 000 personnes avaient défilé à Nantes au lendemain de la découverte du corps de la jeune femme. Mais l'émotion dure.
« Nous sommes là aujourd'hui pour nous rencontrer », dixit Tony, l'animateur du forum internet ouvert depuis la disparition de Sophie. Si le site a reçu des contributions par milliers au moment du drame, ceux qui étaient réunis hier continuent à participer.
« C'est très important pour nous de voir que le souvenir de Sophie vit, note Martine Bréger, sa mère
. Il ne nous reste que ça : tout faire pour ne pas l'oublier. »
Ne pas oublier, c'est la vocation de l'association « le combat de Sophie » qui prendra son envol dans les jours qui viennent. Nathalie en est la chargée de communication. Elle ne connaissait pas Sophie Gravaud mais elle
« refuse que cela se reproduise. » Pour elle, l'association doit avant tout proposer des actions de prévention,
« notamment dans les galeries marchandes ».
« Nous viendrons aussi en aide aux familles des victimes. Pour accompagner la médiatisation par exemple. » Même si Rémi, le beau-père de Sophie Gravaud, avoue que cela a été parfois très dur de recevoir des journalistes, tous ici pensent que les médias peuvent jouer un rôle important dans les affaires de disparition ou d'enlèvement. À la marge, l'association voudrait aussi jouer le rôle d'aiguillon dans les sphères politiques,
« pour faire évoluer les lois ».